CULTURE ET IDENTITE DE L'ENTREPRISE
L’entreprise
cherche à véhiculer une image qui, une fois perçue, peut
différer de celle émise. On peut attribuer ce phénomène
à des dysfonctionnements internes liés à une mécompréhension
de la culture de l’entreprise par son environnement mais aussi à
une ignorance des processus identitaires par la direction. C’est pourquoi
il convient de prendre en compte la culture et l’identité dans
la gestion de l’entreprise. D’après SCHEIN [1985], la culture
est un phénomène construit qui correspond à l’ensemble
des hypothèses fondamentales qu’un groupe a inventées en
apprenant à résoudre ses problèmes d’adaptation à
son environnement ainsi que des problèmes d’intégration
interne. La culture est constituée dès l’instant que ces
hypothèses ont été confirmées dans l’action
pour qu’on puisse les considérer comme valides et ainsi les enseigner
à tout nouveau membre du groupe. L’identité est tout autre
si l’on s’en tient à la définition donnée par
USUNIER [1997] ; elle est un ensemble cohérent de caractéristiques
qu’un groupe humain a produites au cours de son histoire, qui lui sont
propres et permettant à chacun d’identifier le groupe comme tel
et éventuellement de s’identifier à lui.
On voit donc que culture et identité sont deux phénomènes
construits répondant à des exigences différentes et posant
des problèmes de nature différente. Si l’on retient la définition
de la culture donnée par SCHEIN, on comprend bien qu’elle est une
production de l’entreprise. Plus particulièrement, on peut imaginer
qu’elle ait été impulsée par la direction à
deux fins. La première consiste en l’identification de l’entreprise
par son environnement extérieur ; on peut retenir que Mercedes a une
culture de la qualité et que toute l’entreprise est organisée
autour de ce principe. On peut donc déduire très aisément
la deuxième fin de la culture : fédérer les membres de
l’entreprise autour de valeurs communes. Par ce levier d’action,
l’entreprise cherche à s’assurer la loyauté et la
fidélité de ses salariés, ce qui a deux conséquences
économiques directes. Fidèles à l’entreprise, les
salariés ne chercheront pas à la quitter comme ils le feraient
ailleurs. Cette culture tend alors à diminuer le taux de turn over et
donc à assurer une stabilité des compétences et de la mémoire
organisationnelle. Concrètement, cela signifie que l’entreprise
n’aura à supporter ni coûts de recrutement ni coûts
de formation et de reconstitution de la mémoire. La loyauté des
salariés donne l’assurance à l’entreprise qu’ils
travailleront au mieux et que la production puis les ventes seront optimisées.
La construction d’une culture permet donc à l’entreprise
à la fois de diminuer ses coûts et d’augmenter ses recettes.
C’est bien évidemment compter sans l’identité
telle que définie par USUNIER. Etant créée par les salariés
constitués en communautés de classes, l’identité
peut venir concurrencer la culture proposée par l’entreprise. On
peut penser à la SNCF composée essentiellement de cheminots ayant
une identité ouvrière et technicienne capable de mettre en échec
les décisions de la direction par des grèves très sévères
et longues. D’où il découle que l’identité
est le principal obstacle au changement dans l’entreprise quelle que soit
la culture. Une identité contestataire (par définition de l’identité
de classe) risque de s’élever systématiquement contre la
nouveauté en tant qu’elle est considérée comme remettant
en cause le statu quo.
Il est crucial que la direction de l’entreprise tienne
compte de l’identité de ses salariés pour construire la
culture qui fédèrera tous les membres de la communauté
productive autour des mêmes valeurs. La culture, pour remplir son rôle,
doit dans un premier temps être subordonnée à l’identité
avant de pouvoir la subordonner. Si une telle démarche n’est pas
suivie, les mentalités ne seront pas empreintes de l’esprit de
la maison et chacun poursuivra son intérêt particulier en lieu
et place de l’intérêt collectif. Le recours à des
professionnels extérieurs s’avère nécessaire pour
apprécier et évaluer les identités et participer à
la définition d’une culture d’entreprise.
Vassili JOANNIDES, vice-président
Agrégé d'Economie et Gestion
Chargé de cours à l’Université Paris Sud
Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure
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